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Adieu Veaux, Vaches, Cochons....

« Global Steak, nos enfants mangeront des criquets » est un documentaire d'Antony Orliange qui a obtenu le premier prix au 7e festival écologique de Bourges, il y a tout juste un mois. La M.J.C. l'a projeté mardi soir 15 novembre dernier dans le cadre du festival "alimenTerre" en partenariat avec l'association "Les Colporteurs" dirigée par Lauent Houy-Château.


Choisi par un comité de sélection composé d'adhérents de la section Paniers Bio, ce documentaire a véritablement jeté un pavé dans la marre !
Habitués des projections de ciné les mardis soirs qui font souvent réfléchir ou fidèles clients des paniers bio du samedi mis en place l'an passé, le public, averti dans l'ensemble, n'a pas l'habitude de s'en laisser conter en matière de nourriture.


Pourtant, cette fois tout commence comme un conte « Il était une fois les bonnes vaches pour tous ... » mais pas du tout merveilleux celui-ci, puisqu'il pourrait se terminer par « Ils ne vécurent pas heureux car la bonne vache n'est plus que pour quelques uns et dans quelque temps, il n'y en aura même pas assez et il faudra alors se tourner vers les criquets » d'où le titre provocateur utilisé par son auteur.

Global Steak pose et évalue les enjeux de la consommation mondiale de la viande dans le monde et soulève ainsi une des questions brûlante d'actualité.

Avec un tel sous-titre, on aurait pu si l'on aime la bonne barbaque, redouter un document alarmiste faisant culpabiliser les amateurs et surtout amatrices de viande (et certaines pourraient se reconnaître !) mais Global Steak n'est en rien un pamphlet contre la bidoche; en témoigne le boucher bohème d'Asnières Yves Marie Le Bourdonnec (considéré comme le meilleur boucher) qui mué en « guide référent et amusant » n'en renie pas pour autant son métier. Il nous accompagne tout le long du documentaire. Tantôt, nous faisant sourire avec ses plaisanteries de mec « Elle a un beau petit cul » quand il parle d'une vache Blanc Bleu se pavanant au Salon de l'Agriculture ...tantôt nous dérangeant par un geste décalé en s'émerveillant « Elle est jolie comme tout ! » devant la carcasse d'une vache à l'abattoir, de sa vache « haut de gamme » qu'en boucher chic et choc il vend à son étal et qu'il avait réservée sur pied auparavant et nous avait présentée ! Cet animateur, pas comme les autres, ne semble pas parler la langue de bois d'ailleurs. Il nous dit que ce Salon véhicule une image d'Epinal qui fait toujours rêver comme celle de « la vache dans le pré », il ajoute même que c'est la vitrine de l'agriculture mais pas de « notre agriculture » telle qu'elle est devenue...

De vaches, on l'aura compris, il en est donc beaucoup question, mais il y a vaches et vaches !


Faisons alors le distinguo, entre la Blonde d'Aquitaine, énorme Miss café au lait, « dite la Rolls Royce des bêtes à corne » qui s'affiche au Salon, et donne une viande de luxe, dite persillée (c'est-à-dire parsemée de « bon gras »), très goûteuse et chère (plus de 40 euros le kg) et la vache laitière qui, en bonne roturière de la conjoncture actuelle, doit, même à la retraite, exercer un second métier qui est celui de nourrir les masses européennes par un passage obligé en barquettes et en rayons des supermarchés, ou sous forme de plats préparés et bien sûr dans les fast food.

On apprend encore avec horreur qu'aux États Unis ce sont les usines « à steak » (élevages industriels de grande taille très polluants et à la limite de l'hygiène même) qui sustentent la grande partie des habitants de ce pays.

« On va de pis en pis », en apprenant que le cheptel brésilien, le deuxième au monde, est en partie responsable du déboisement de la forêt amazonienne.

Disons donc « Adieu veaux, vaches... ! » pourrait-on se rassurer mais la situation n'est pas plus mirobolante avec les cochons de Bretagne par exemple qui font déverser « des tonnes de merde » dans les champs qui se retrouvent ensuite dans les nappes phréatiques nous dit ardument notre boucher au langage fleuri.


L'horreur est à son comble dans ce très contrasté paysage agricole d'aujourd'hui qu'on nous présente ici, quand on apprend avec effroi que l'Afrique de l'Ouest est « bombardée » par des poulets congelés d'Europe vendus à très bas prix qui « voyagent » (et enrichissent des arnaqueurs de tout poil peu scrupuleux) dans des conditions sanitaires pitoyables et inquiétantes pour le consommateur. Ces modes de production et de commercialisation font disparaître les aviculteurs locaux qui vendraient forcément plus chers leurs volailles) et hypothèquent sournoisement, on ne peut s'empêcher d'y penser, la santé des autochtones !

Que faire ? En 2015, nous serons 9 milliards sur Terre, et la demande de viande, symbole d'abondance et de réussite sociale partout dans le Monde va exploser. Il va falloir doubler la production et ensuite cohabiter au niveau de l'espace avec 36 millions d'animaux d'élevage.

Une solution apparaît (élevage de vers comme on nous le présente déjà, commercialisés de façon confidentielle pour l'instant aux Pays Bas) comme encore très éloignée dans les esprits et le public ce soir-là présent, n'a pu échapper à la règle : moues de dégoût soit parce qu'il est gourmet ou soit parce que composé « d'Anciens, il regrette le Temps des bonnes choses à manger pas trafiquées » comme la bonne crème de Suisse évoquée par Monique mais pas parce qu'il ne le sait pas, il ne le sait que trop, l'avenir cela peut-être déjà demain !

Heureusement, le documentaire se termine par une note rassurante, un retour chez un vrai boucher, notre fameux boucher qui en redoutant lui aussi ce jour fatal y va de sa petite publicité en passant sachant « que nos jours dans ce domaine sont déjà comptés »


Ivan, maraicher proposant les paniers bio, nous honore de sa présence et anime ensuite la discussion qui s'ensuit avec notre public présent aimant la viande mais aussi les végétaux. Philosophe, notre jardinier se veut rassurant et moins alarmiste que ne l'est le documentaire...Il pense qu'il faut faire doucement évoluer les idées et les pratiques comme par exemple, ce soir, en multipliant ce type de réflexion. Il aimerait aussi que d'autres publics « moins au fait de ce type de problème » puissent avoir l'information et venir aussi. Cela doit être l'affaire de tous mais le public « dévergondé par tant d'audaces de ce film  d'avoir voulu tout montrer» conclut qu'il ne faut pas toutefois culpabiliser les personnes qui « mangent de la merde » par faute de temps, d'argent, de recul, de conviction ou parce qu'elles préfèrent consacrer leur budget à des achats matériels qui s'exposent plus ! Et, espiègle, Ivan a le mot de la fin (faim ?) en disant que de temps en temps ça lui arrive encore !

Arionette

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