Vous êtes ici

Retour sur le café-citoyen : "Et si on sortait de l'Euro ?"

Le vendredi 16 mai avait lieu à la MJC de Chenôve un café-citoyen dont le sujet, au coeur du débat des élections européennes, était favorable aux affrontements les plus rudes. Mais c'est dans une ambiance cordiale que les points de vue se sont confrontés dans la plus pure tradition d'éducation populaire. Ce sujet, c'était celui de la sortie de l'Euro.




Le sujet a de quoi faire peur, et pour cause. Discuter de la sortie de l'Euro peut vite devenir un débat d'experts au-delà de la compréhension de tous : « inflation », « déflation », « taux directeurs », « banque centrale »... Autant de mots difficiles à appréhender. Evoquer la sortie de l'Euro, c'est également anticiper toutes les conséquences politiques qu'elle aurait : le projet européen, construit depuis plus de soixante ans, serait alors remis en cause, voire réduit comme une peau de chagrin. Pourtant c'est l'exercice auquel s'est prêtée une trentaine de personnes à la MJC de Chenôve vendredi dernier, accompagnée de deux personnes ressources, Evelyne TERNANT, économiste, et Daniel HINCELIN, impliqué dans la finance solidaire, et accueillie par Kévin MARTIN en service civique volontaire.

La salle était presque unanime : l'Euro est une bonne chose en tant qu'il soude économiquement les pays européens dans une économie mondialisée. Pour le commerce extérieur et intra-communautaire, l'Euro serait un avantage. Mais dès qu'il s'agit de son fonctionnement, les diagnostics et les solutions ont divergé. Le débat a surtout eu lieu sur la mise en place d'une monnaie commune à la place d'une monnaie unique telle qu'elle est (en partie) actuellement, c'est-à-dire sur l'établissement d'une monnaie partagée par tous les Etats membres, lesquels garderaient en complément une monnaie nationale pour leur commerce intérieur. En effet, la construction de l'Euro a été critiquée du fait qu'elle soude des pays économiquement et culturellement différents (l'économie de la France n'est pas celle de l'Allemagne, qui n'est pas celle de la Pologne, etc.) tout en faisant peser la contrainte de la dette sur les pays seuls (chaque pays a encore une banque centrale qui suit la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne). Si la solution de la monnaie commune séduisait une partie de la salle, d'autres y voyaient un retour en arrière si nous en revenions à des monnaies nationales. Pour certains enfin, la sortie pure et simple de l'Euro, comme de l'Union européenne, serait la solution la plus réaliste car tout changement de politique monétaire suppose une unanimité des pays membres, ce qui parrait pour eux une utopie.

Plus généralement, c'est la question de la monnaie qui a été posée, notamment avec les explications d'Evelyne TERNANT qui a évoqué la création monétaire et ses conséquences sur la zone euro. Beaucoup ont appris ce soir-là que la monnaie est créée « à partir de rien » par les banques commerciales, privées, lorsqu'elles accordent un crédit. L'argent ainsi créé circule ensuite dans l'économie et est détruit au moment du remboursement des prêts. De la même façon, les traités européens prévoient que la BCE et les banques centrales nationales ne peuvent pas financer les Etats directement, ces derniers devant alors emprunter sur les marchés financiers et auprès des banques commerciales avec des intérêts. Les questions qu'a soulevé ce fonctionnement étaient diverses, notamment sur la capacité du secteur privé et financier à placer l'argent dans des initiatives de bien commun davantage que pour ses intérêts particuliers. Le débat s'est alors fait sur la capacité qu'il reste aux élus pour gérer la politique monétaire, plus ou moins grande selon certains, et sur la viabilité d'un tel système qui fait perdre de la souveraineté selon quelques uns, responsabilise les Etats pour d'autres.

Le témoignage de Daniel HINCELIN a apporté à l'assistance un éclairage sur ce qu'est la finance solidaire. Membre du mouvement des CIGALES (Club d'Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l'Epargne Solidaire), il a décrit une façon de gérer son argent tout en aidant au développement local et en créant du lien social. Le principe est simple : regrouper des investisseurs pour aider et accompagner des créateurs d'entreprises dans leurs initiatives. Une façon efficace de savoir où est placé son argent et à quoi il sert, bien plus qu'avec un livret en banque, tout en prenant le risque de financer une entreprise qui ne fonctionnera pas. Toujours sur le thème de la finance solidaire, une discussion s'est engagée autour des monnaies locales qui favorisent les circuits courts, ainsi que les initiatives écologiques et sociales.

La soirée aura été riche de discussions et de réflexions, et une semaine avant les élections européennes, le débat était le bienvenu pour s'informer avant son vote. Une démarche que la MJC de Chenôve renouvelle régulièrement en organisant des cafés-citoyens, en accord avec la charte de Maison du Citoyen dont elle est signataire.

Les photos de la soirée ci-dessous
















Dans la même rubrique

Rechercher sur le site