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Ecran noir pour Stéphane Carbon

Triste coïncidence  : Stéphane Carbon, ancien animateur audio visuel à la M.J.C., disparaît alors que s'achève le Festival de Cannes. Comme un clap de fin, comme un écran qui s'ouvre au noir et nous laissant bien seuls au générique.



Stéphane est arrivé très jeune à la M.J.C. , en 1977, comme un ado curieux. C'est en fait son oncle, Jean-Claude Lebeau, qui lui donne l'occasion d'utiliser sa petite caméra Super 8mm pour faire quelques plans de son activité favorite, l'aéromodélisme. L'année suivante, Stéphane rencontre des membres du tout jeune atelier cinéma constitué autour de Bernard Garneret et Georges Morin, entre autres.
Un week-end au lac de Pont avec les membres de la section aéromodélisme va constituer la première grande occasion de réaliser un reportage sur cette sortie et activité.


A cette époque, le directeur de la M.J.C. cherche à restructurer la gestion du bar qui laisse sérieusement à désirer.
Il repère ce jeune adhérent finalement très présent à la M.J.C. et ayant par ailleurs une formation de cuisinier qui visiblement ne l'enthousiasme pas plus que cela. C'est ainsi que le Conseil d'Administration valide la création d'un poste de gestionnaire de la cafétéria déjà à mi-temps. Puis, satisfaits du travail de ce salarié et compte-tenu de sa passion et de ses compétences avérées pour l'audio-visuel, les responsables décident d'embaucher Stéphane sur un poste à temps plein en avril 1981 alors qu'il vient d'achever une période de stage dit «  Raymond Barre   » durant une année et à la grande satisfaction de tous.


Stéphane devient dès lors animateur à temps plein avec un vrai contrat de travail (C.D.I.).
Et les responsabilités et initiatives s'enchaînent  : coopération avec les établissements scolaires (Jules-Ferry en particulier ainsi que le collège le Chapitre), encadrement de groupes de jeunes durant les petites et grandes vacances, les mercredis, etc. C'est dans ce cadre qu'ont été produites plusieurs fictions  : «  Godas'City   », «  Beat Bronx Story   » avant la grande réalisation «  Les Voyageurs   » en 1985 et qui verra une quinzaine de jeunes adultes de Chenôve accueillis en stage d'insertion sociale et professionnelle partir durant un mois tourner une fiction de 50' au Maroc, leur pays d'origine. Jean-Pierre Renault en assurait la réalisation et Stéphane, les superbes images. Ce film a d'ailleurs bénéficié du label «  Année de la Jeunesse   ».


En 1986, il démarre un projet de journal d'actualités locales qui prend le nom de Zoom Avant. Ce magazine vidéo est diffusé dans la salle de spectacles de la M.J.C. avant chaque séance de cinéma.
Une tentative de rapprochement avec l'Université Populaire est engagée sur la base d'une coopération et d'une mutualisation des compétences.
Mais ce projet n'aboutit pas.


A partir de là, Stéphane, qui avait acquis une très belle et très bonne expérience, décide de voler de ses propres ailes et quitter la M.J.C. à la rentrée de 1987 pour embrasser une nouvelle carrière de cadreur professionnel. Il «  monte à Paris   » et entreprend les longues et besogneuses démarches pour se faire connaître et très rapidement reconnaître par la profession en devenant très vite chef opérateur et directeur de la photo dans d'autres circonstances.


Il ne quitte cependant pas complètement Chenôve puisqu'il coopère régulièrement avec U.P. Vidéo (Ville de Chenôve) pour la réalisation de très nombreux documentaires unanimement reconnus et appréciés.

Et puis il y a quelques mois, nous apprenons que la maladie survient, lâchement, insidieusement.
Stéphane nous confie avec beaucoup de dignité ses angoisses  : peur de ne plus participer aux nombreux tournages pour lesquels il est engagé, peur de ne plus être à la hauteur. Peur d'être par trop dépendant des traitements lourds auxquels il doit se soumettre.

Mais aucune trace de désespoir, aucune abdication, aucune plainte perceptible. Il doit, il veut faire face, il veut continuer à porter sa caméra et poursuivre l'exploration d'un monde où visiblement la qualité des rencontres humaines est sa préoccupation principale. Son adrénaline, sa nourriture.

Stéphane, c'est, ce fut déjà une détermination, un regard porté sur les autres, sur ses semblables avec ce panel de diversité qui fait l'intérêt et la richesse de toute société. Il faut en effet disposer d'un sacré sens de l'observation et d'une grande sensibilité pour donner à voir aux autres, à faire découvrir, à faire partager des émotions, des situations simples ou complexes. C'est la force du cinéma, l'angle qui nous contraint à changer notre point de vue en nous invitant à devenir meilleurs.

Et cette posture est immédiatement perceptible dans tous les documentaires que Stéphane a mis en image et que nous avons pu découvrir.

Nous avons le privilège d'avoir connu Stéphane, d'avoir fait un bout de chemin avec lui et surtout de l'apprécier pour sa détermination, son grand professionnalisme, sa simplicité et donc sa grande efficacité.

Aujourd'hui, cet ami va nous manquer. Son nom ne sera plus au générique, nous devrons l'effacer de de nos mémoires numériques sans pour autant l'oublier. Comme une image, une photo qui perdure.


Comme d'autres saltimbanques, Stéphane vient de quitter la comédie du monde qu'il avait su traverser jusque là grâce à sa conscience, son coeur et sa part d'humanité. C'est le sens donné ainsi à sa vie que nous garderons de lui.


A son époux, sa maman, son frère et tous ses proches, les anciens et actuels administrateurs, animateurs et adhérents et responsables de la M.J.C., nous adressons nos bien sincères condoléances en leur disant notre grande fierté d'avoir eu Stéphane parmi nous et avec nous. Et nous suivrons son regard toujours tourné vers les autres, vers la vie. C'est le message qu'il a toujours voulu nous faire partager.



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