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Soirée Festival International du Film des Droits Humains

La M.J.C. de Chenôve s'est associée au premier Festival International du film des Droits Humains en présentant vendredi 14 décembre, le court-métrage de Sophie-Charlotte Gautier "Trouble-peine", précédé d'un court-métrage réalisé par les détenus de la maison d'arrêt de Dijon sur quelques intervenants extérieurs pour les diverses activités, notamment la peinture.


Sara Horchani, organisatrice du premier Festival International du Film des Droits Humains en Bourgogne présentait en compagnie de Marcellin Greatti, animateur culture à la M.J.C de Chenôve et en collaboration avec le Collectif-Prison, la ligue des Droits de l'Homme, l'association Libertés-Culture et le Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation de Côte d'Or, le court-métrage de Sophie-Charlotte Gautier et celui réalisé par les détenus de la maison d'arrêt de Dijon.
Un débat suivait ces deux films en présence de la réalisatrice, de Laurent Theoleyre, directeur des Services Pénitenciaires d'Insertion et de Probation de Côte d'Or (S.P.I.P.), de Martine Vaidelauskas du S.P.I.P.
Conçu, écrit et réalisé par S.C Gautier avec un groupe de détenus lors d'un atelier d'initiation au documentaire, à la Maison Centrale d'Ensisheim en Alsace, " Trouble-peine " met en scène la parole des personnes incarcérées pour de longues peines. Ces hommes évoquent avec force et dignité, le difficile rapport au temps, la perte progressive des repères en prison et parlent de leur rêve de sortie.
Beaucoup de questions (pendant près de deux heures) ont été posées pendant le débat autant à la réalisatrice qu'à Laurent Theoleyre sur les conditions de détention à Dijon.
Retour sur une soirée très animée.

" Comment s'est effectué ce tournage ? "
Sophie-Charlotte Gautier, réalisatrice, productrice “ Les Éditions du Réel ” à Strasbourg
" Au départ, cet atelier d'initiation vidéo devait durer trois mois. Il y a un canal vidéo interne à la prison d'Ensisheim avec des reportages et des informations diffusés. C'est une des principales activités. Alors, les détenus ont souhaité prolonger l'atelier et réaliser un documentaire pour faire partager leur point de vue sur leur vie quotidienne.
On s'est donc rencontré une fois par semaine entre cinq et six heures. Les détenus ont assisté à toutes les étapes de la construction du film, sauf les projections. "

M Laurent Theoleyre, directeur du S.P.I.P de Côte d'Or
" Ce travail a été possible car en centrale, les détenus sont là pour de longues peines de plus de vingt ans généralement. En France, plus de cinq cents personnes purgent une peine de plus de dix ans. Le temps prend une toute autre dimension. Les relations humaines ne sont plus les mêmes. À Dijon, nous sommes une maison d'arrêt (les détenus passent avant d'être jugés) et la moyenne de passage est de quatre mois. À Dijon, pas sitôt entré, un détenu est " déjà " sorti.
À priori, tous ces gens ne sont pas " sympas ", s'ils purgent de longues peines, il y a des raisons, mais le côté humain ressort bien dans ce film.
Que signifie perpétuité ? Avant 1981, il y avait la peine de mort, depuis la peine maximale est perpétuité. C'est-à-dire jusqu'à quand ? Il n'y a pas de date, c'est le ministère qui accepte la commutation, s'il y a période de sûreté en plus, c'est au moins 30 ans de peine. J'estime qu'une peine de plus de 15 ans ne sert plus à rien. "

Sophie-Charlotte Gautier
" C'est vrai que la question sur le temps est importante. J'avais toujours le sentiment d'être dans une bulle, d'être chronométrée. Et pourtant, en centrale il n'y a pas de montre, pas d'horloge, pas de repère temps mais pour moi c'étaient des moments d'urgence, une course pour faire ce film. Il y avait une urgence à être entendu. "

Interventions salle
" On voit des barreaux différents suivant les lieux de tournage et l'on perçoit une idée de vouloir sortir et tout à la fois une grande crainte d'être dehors avec les autres. C'est surprenant de vérité. Ils parlent d'eux-mêmes de façon stupéfiante. "
" Qu'est-ce qu'on fait nous en tant que citoyen de l'extérieur ?
On a un rôle à jouer, il ne faut pas seulement une sanction, une peine : nous sommes en face d'un être humain. Qu'est-ce que cela veut dire ? "
" Il n'y a pas de bruit dans ce film, ce recueil est très intime et pourtant on sait qu'il y a beaucoup de bruits en prison : les cris, les bruits de clés. Il y a une grande qualité de restitution de la parole de ces personnes coupées du monde. "
" C’est aux associations, par exemple le Collectif Dijon-Prison, de faire avancer les choses, de faire bouger la société, les politiques. On sort plus délinquant de la prison qu'en y entrant. Pourquoi ne pas dénoncer non plus, non pas les conditions de soins dans les hôpitaux mais tout ce qui les entourent : par exemple laisser la lumière allumée dans la chambre toute la nuit. "

Sophie-Charlotte Gautier
" Moi sur ce tournage, j'étais une bouffée d'air frais, j'étais neutre, je n'étais pas le psy par exemple. Les personnes étaient là pour être écoutées et nous n'avons presque rien " jeté " du tournage. Malheureusement, la projection en prison a été restreinte et seuls les détenus qui avaient participé au tournage ont pu y assister à la projection. Je pense qu'il y avait une crainte. "

M. Theoleyre
" 80 % des peines sont inférieures à un an de prison. Alors quand on ne prépare pas la sortie d'un détenu, c'est pire. Ceux qui prennent 20, 30 ou 40 ans, après on le sait très bien ce sont encore des gens dangereux. Qu'est-ce qu'on en fait quand ils sortent ?
Une peine, pourquoi faire ? À partir de quelle durée la prison a-t-elle encore un sens ? On voit à Dijon, une surpopulation, dans 9 m2 on met trois personnes. On impose donc une violence à ces gens-là.
On doit respecter les droits humains à l'intérieur comme à l'extérieur. Quatre parlementaires sur cinq de Côte d'Or sont venus visiter la maison d'arrêt de Dijon. Ce qui s'y passe est déplorable.
Les activités artistiques ? Il y a un trop grand " turn over " et un coût de 6000 euros par an, par activité pour parfois trois ou quatre détenus par activité. 75 % des détenus à Dijon n'ont pas le niveau CAP. "

Viola Montenot, professeur d'arts plastiques à la maison d'arrêt de Dijon
" Je suis juste quelqu'un qui partage à un moment donné un rayonnement sur leur visage. Certaines femmes hésitent à venir à l'atelier, mais il n'y a pas besoin de savoir dessiner. Elles ouvrent l'armoire où tout y est et commencent par toucher les pinceaux, les tubes, le papier. Les " anciennes " expliquent tout aux nouvelles. Il y a un partage. "

Contacts pour en savoir plus :
M.J.C. de Chenôve, 7 rue de Longvic : Marcellin Greatti 03.80.52.18.64.
Sara Horchani, (sarahorchani@yahoo.fr) organisatrice du festival : 06.07.18.92.88.
Martine Vaidelauskas (martine.vaidelauskas@justice.fr) : 03.80.66.02.51 ou 03.80.66.02.40.
Voir le site Internet pour plus d'informations : http://libertes-culture.over-blog.com

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