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Dîner-débat sur l'impartialité des médias, une soirée bien remplie

Vendredi 6 juin, la M.J.C. de Chenôve, Maison du Citoyen, organisait un dîner-débat à la cafétéria du lycée Antoine.
Au menu : les médias aujourd'hui ! Compte-rendu de l'événement et photos sont au programme.

Compte-rendu Dîner-Débat du 6 juin 2008
Thème :
" Les médias aujourd'hui : indépendance, impartialité, objectivité ? "

Vendredi 6 juin, la M.J.C. de Chenôve, Maison du Citoyen, organisait un dîner-débat à la cafétéria du lycée Antoine.
Au menu : les médias aujourd'hui, avec comme invités Jean-Marie Charon, sociologue des médias, ancien formateur en école de journalisme, chercheur au C.N.R.S, enseignant à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, à l'Institut d'Études Politiques de Rennes et auteur de l'ouvrage " Les journalistes et leur public, le grand malentendu " ; Jean-Louis Pierre, rédacteur en chef du quotidien de Côte d'Or " Le Bien-Public " et Jérôme Bouvier, journaliste, ancien directeur des rédactions de France Culture et Radio France Internationale et fondateur de l'association " Journalisme et citoyenneté ".


C'est Chantal Chapuilliot, présidente de la M.J.C. qui se chargeait de l'accueil d'environ 110 personnes assistant à cette soirée, après celle de l'automne dernier sur le thème " De l'Immigré au Citoyen " et conformément à la charte de la Maison du Citoyen dans le cadre du Contrat Urbain de Cohésion Sociale.

Intervention Chantal Chapuilliot, Présidente de la M.J.C. Chenôve

" Le thème de ce soir : " Les médias aujourd'hui : indépendance, impartialité, objectivité ?" est incontestablement au cœur de l'actualité, précisait Chantal Chapuilliot. Les députés viennent de voter une loi sur la protection des sources de l'information des journalistes. Notre président accuse les médias de vouloir se substituer à une opposition qui n'existerait plus par ailleurs. Nous avons assisté depuis quelque temps à un déferlement d'informations " people " souvent démenties ensuite, mais occultant des informations autrement importantes pour les citoyens.
La relation des faits divers confine à l'overdose. Plusieurs titres de la presse nationale quotidienne ont été ou sont en crise dont aujourd'hui " Le Monde ", naguère encore reconnu comme le quotidien de référence, aujourd'hui, qui sait ? peut-être moribond.
Les gratuits sont dans la rue. Les derniers kiosques ferment. L'information arrive à la demande sur nos écrans d'ordinateurs et de téléphones portables.
Côté professionnels, on dit faire face à une crise de la demande. Côté lecteurs, c'est une crise de l'offre qui est dénoncée. Nous assistons, par ailleurs, à une standardisation de l'information, aussi bien pour les journaux télévisés que pour les radios nationales ou la presse écrite.
La concentration financière et industrielle au-delà de la diversité des titres et le souci de rentabilité expliquent sans doute cette uniformisation. Peut-on encore dire que les médias sont indépendants et les journalistes, objectifs ? Comment faire, quand on est simple téléspectateur, auditeur ou lecteur pour s'y retrouver, pour pouvoir faire confiance à ce qu'on trouve sur le marché ? Comment vérifier l'exactitude de l'information diffusée ? À quoi adhérer ?
Des journaux citoyens apparaissent issus de nouvelles sources d'information. Ils apportent un autre regard, celui que la France dite d'en bas par un ex-premier ministre, porte sur elle-même et ce qu'elle vit. Le citoyen journaliste va-t-il se substituer au journaliste professionnel ? Serons-nous un jour tous journalistes ? Ce nouveau journalisme de proximité, de vie quotidienne, est-il fiable et satisfaisant  ? N'allons-nous pas vers une overdose encore plus massive de relations de faits divers juxtaposés au détriment de l'analyse de l'information nationale et internationale ? Macro et micro regards portés sur le monde ne sont-ils pas, en fait, complémentaires ?
Autant de questions que nous nous posons et bien d'autres qui seront posées par vous-mêmes après les interventions des trois spécialistes qui ont accepté de venir nous en parler.
Vous nous expliquerez sans aucun doute en quoi consiste ce malentendu qui existe entre les médias, plus particulièrement la presse et leurs usagers, notamment les lecteurs. Vous nous direz s'il convient ou non de douter de l'objectivité des médias, de la véracité des informations qu'ils diffusent, si nous sommes informés ou conformés, à notre insu ou de notre plein gré, vous nous donnerez peut-être des pistes pour aller vers un demain rasséréné, nous aidant à devenir davantage des citoyens éveillés sans tomber dans la suspicion systématique voire la malveillance. "


Intervention de Jean-Marie Charon
L'histoire de la presse et la situation actuelle des médias

" On peut parler de la naissance de la presse écrite dès le début du XVII ème siècle et à Strasbourg, qui n'était alors pas une ville Française.
En 1631, on note un titre à Paris " La Gazette" de Renaudot ". Vers 1789, la presse cesse d'être sous le contrôle du pouvoir Royal et d'être un monopole (Article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme).
La diversité arrive et l'on invente la presse d'opinion avec plus de cent titres quotidiens rien qu'à Paris. En 1830, c'est ce qu'on appelle " Les trois Glorieuses " et la grande loi sur les principes de l'information libre en France.
On sort d'un système d'autorisation à un système de déclaration.
1920, c'est l'apparition des radios et des médias locaux et la télévision en France arrive après la seconde Guerre Mondiale.
1981 : Fin du monopole d'État.
1982 : Liberté audiovisuelle et début de questionnement du public sur les journaux et les journalistes par rapport à ce qui existe ailleurs. Mais depuis 20 ans déjà on s'interroge sur la manière dont travaillent les journalistes.
Exemples : Timisoara ? Grande manœuvre de manipulation. De 30 cadavres au départ on arrive à plus de 6000. Et la guerre du Golfe ? La guerre en direct ou presque avec l'occupation des écrans et non pas se contenter de montrer ce qui se passe.
Quelle perception de la nature de l'événement ? Les grèves de 1995 : les journalistes n'ont pas anticipé, ni rendu compte. La réforme d'Alain Juppé est l'une des plus grandes grèves et il y avait un décalage. La grève des cheminots à l'automne dernier par exemple et leur refus de faire entrer les journalistes dans leurs réunions, cela rappelle 2005 avec le travail des journalistes sur le traitement des banlieues.


Tout cela, ce sont des alertes importantes qui doivent amener à réfléchir. Ce rejet, ce divorce entre les journalistes et ceux qui font l'actualité est-il compatible avec la démocratie ?
En 2002, au lendemain de l'élection présidentielle de Jacques Chirac, sur des banderoles, on peut lire :
" C'est la faute aux médias. "
Ce qui frappe aussi c'est la durée. Tout cela n'est pas si nouveau. Alors, les choses vont-elles de plus en plus mal ? Y avait--il un âge d'or de la presse ? Je ne sais pas.
Au lendemain de la Libération, il y avait une presse plus vivante, plus tonique. Une question qui revient toujours dans notre histoire : c'est la Charte de déontologie. Après la première Guerre Mondiale, on parle plutôt de " bourrage de crâne ". Entre les deux guerres, la presse est prise à partie : la grande presse de droite ou d'extrême droite d'un côté et le peuple de gauche de l'autre, une presse de droite avec les grands propriétaires, la puissance de l'argent. Au lendemain de la seconde Guerre, on veut rompre avec cette puissance, la démocratie remet en cause la propriété et doit travailler en permanence avec les médias.
De plus en plus de citoyens sont en prise directe avec ce moyen, cette part de culture. Il faut développer une conscience des médias.
Les grandes critiques d'aujourd'hui sont :
  • La fiabilité. Les médias sont approximatifs. Il y a des contresens.
  • La question des faits divers est plus développée. La presse " populaire " apparaît avec les faits divers, ce qui provoque l'accentuation de ces faits divers. La télévision connaît aussi une évolution considérable. En 1960, il n'y a qu'une chaîne de télévision et 4, 1 % de sujets de faits divers. En 2002, selon une étude, TF1 consacre 18 % de son journal aux faits divers et souvent en ouverture. On note un mauvais traitement fait aux personnes, ce sont souvent des caricatures ou dans les sujets de sociétés, généralement les " petits " sont moins bien traités
  • La désinvolture à l'égard des conséquences sur ce qui va se passer quand on fait la présentation. La violence va-t-elle engendrer la violence ? Une contagion ? Une imitation ? Le paysage des médias donne lieu aujourd'hui à une surenchère. Il faut vendre du papier, faire de l'audience.
  • Les journaux n'acceptent pas la critique. Peu donnent un droit de réponse. Les journalistes se critiquent entre eux et n'acceptent pas la critique extérieure.
    Il faut une prise de conscience chez les journalistes. Les choses ne peuvent pas continuer comme elles le sont. Ils doivent prendre en compte la parole du public. Les réseaux d'informations, les chaînes hiérarchiques sont de plus en plus longs. Le risque d'autocensure est de plus en plus élevé. Il y a un manque de curiosité, d'insolence, de pugnacité. Il y a aujourd'hui une fragilisation de la profession. On interpelle les journalistes et c'est toujours la même chose, pourtant le système et la nature de l'information a changé. Les sujets traités sont très variés, plus riches dans des domaines par exemple comme la santé, les sciences, l'économie, la culture. On en a une image différente. Les sujets sont de plus en plus complexes et les experts eux-même sont en débat comme avec la grippe aviaire. D'un côté, il y a l'Institut Pasteur et l'OMS et de l'autre les vétérinaires qui affirment qu'il n'y a pas de risque majeur pour l'homme. Il y a donc des sujets, où les chercheurs sont en désaccord. Cela entraîne une difficulté du travail des journalistes.
    Le niveau du public monte et le sentiment de fragilisation des journalistes aussi. Les technologies ont évolué ces 20 dernières années. Rares sont les journaux dont l'entreprise est restée encore à taille humaine. On regarde la courbe d'audience de TF1 et l'on ne critique pas les sujets. De plus en plus de banques contrôlent la presse, il faut donc être de plus en plus rentable. En France, " Les Échos " restent le seul quotidien rentable.
    Il y a urgence d'un texte sur l'autonomie des journalistes, d'une ligne éditoriale. Les journalistes sont fragilisés, ils doivent retrouver leurs repères, travailler en interne déjà et y associer la société, développer la participation aux débats. "

    Questions et réactions salle
  • Le développement durable ? Un thème développé par les médias ?
  • Vous oubliez la loi de 1945 suite au Conseil National de la Résistance et le projet de financement des médias qui appartiennent au grand patronat. Une loi passée rapidement et pas appliquée. La question du financement des médias est importante. Les médias devraient pouvoir exposer différentes thèses possibles sur un sujet : un seul modèle économique est proposé. Un certain nombre d'opinions n'ont pas accès à la presse en général.

    Éléments de réponses de Jean-Marie Charon

    " Le développement durable est complexe et controversé. Comment en rendre compte ? La structure et l'évolution des rédactions, la formation des journalistes ? La formation des journalistes a-t-elle accompagné ces diverses compétences demandées pour ces divers sujets ? Non.
    Il faut attirer des gens compétents. 80 % des journalistes sont des littéraires et 15 % seulement passent dans des écoles reconnues. Comment diversifier socialement les journalistes ? Quelle formation instituer aujourd'hui ?
    Dans les 20 dernières années, il y a eu explosion de médias. Plus de 100 radios et chaînes de télévision se sont créées. Il y a des informations sur la TNT 24 h/24. En 20 ans, le nombre de journalistes a été multiplié par 2. On a pris le risque pour des raisons économiques qu'on pouvait tout faire avec des équipes plus légères, avec des journalistes généralistes dans une même rédaction, donc privilégier une seule thèse et donner une seule réponse au public : grave erreur. Il n'y a pas LA réponse.
    Il faut traduire la controverse, développer une culture de l'incertitude.
    1982 marque la fin du monopole des radios. Combien existe-t-il de radios dites libres aujourd'hui ?
    Aujourd'hui, l'argent est la vraie question du monopole.
    La couverture de " L'Express " est : " Les caprices de Rachida Dati ". Comment un journaliste peut-il encore être dans un tel journal qui fait un titre pareil ?
    Sur Internet, se développe le même genre de sujets. Internet devait être une base de documentation pour s'enrichir avec différentes sources. On constate que l'information se fait
    " à chaud " avec la concurrence.
    Il y avait promesse de diversité. Ou est-elle avec tous les grands groupes de presse ?
    L'autonomie des rédactions ? Une faribole face aux propriétaires. Comment une société de rédacteurs peut-elle s'opposer à des choix des propriétaires ? Il faudrait des textes pour que les journalistes ne se retrouvent pas être face à face avec leurs propriétaires.


    Intervention de Jean-Louis Pierre
    La déontologie du journaliste

    Question : La déontologie concerne les règles et les devoirs des journalistes. Quelles sont les règles que vous fixez à vos collaborateurs ?
    Réponse
    " Le terme déontologie est un terme trop facile pour masquer un comportement. Prenons par exemple l'arrivée du magazine " Closer ", dès la première semaine de sa mise en vente : 700.000 exemplaires vendus. En face,
    " Gala ", 600.000 exemplaires. " Closer " navigue toujours sur le même chiffre et cela permet de renvoyer à la qualité de ce que l'on regardait.
    Quand on n'est pas d'accord avec sa rédaction, il faut se donner les moyens de son propos et démissionner. Les journalistes que nous sommes sondent les gens qui nous lisent et ce n'est pas forcément le rédactionnel qui arrive en premier mais : la météo, les avis de décès, la page des informations pratiques (médecins, pharmacie de garde, etc.), les faits divers. La production rédactionnelle apparaît bien après.
    Le sociologue Roland Cayrol classe trois thèmes dans un journal :
  • L'éducation
  • L'environnement
  • La santé.
    Mais l'éducation n'apparaît pas comme on pouvait s'y attendre. Par éducation, les lecteurs cherchent le menu de la cantine ou à savoir si le chauffeur du bus est bien habilité à conduire.
    Le " Bien-Public" a résisté à l'usure du temps (naissance en 1851) et des modes. Depuis 1991, nous en sommes à notre 4 ème " patron " et fin juin, à un 5 ème.
    Que dit le droit constitutionnel sur la liberté de la presse ? Dans ce beau pays, aucun organisme n'est chargé de veiller à la déontologie, alors que cela existe dans de nombreux pays, comme en Suisse avec un conseil de la presse. Il y a bien eu des chartes au début du XX ème siècle, mais tout cela est resté " lettres mortes ".
    Les éditeurs de presse sont toujours différents. Alors y-a-t-il une crise de crédibilité ?
    Sur Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach annonce la mort de Pascal Sevran sans aucune vérification.
    Que dire de l'impertinence de Jean-Michel Apathie qui affiche, chaque matin avant 8h sur RTL, son impertinence en cherchant à mettre en sérieuse difficulté son interlocuteur ?
    Presse et Justice ? Pour certains journalistes, il faut d'abord faire parler les témoins avant les juges.
    Le slogan du gratuit " 20 minutes " est : " Les journalistes sont l'avenir de l'homme ". Sauf que ce ne sont pas les mêmes hommes qu'hier, les mêmes journalistes. En France, y-a-t-il encore beaucoup d'Albert Londres ? Pas sûr. Le reporter ne construit plus, il couvre. Il y a fracture entre les célèbres et les anonymes. On a été happé dans un processus. On rêve de petit écran. Tout a changé.
    Peut-on se contenter d'une information dépolluée ?
    Quel est le média de demain ?
    Le portable : il y a 47 millions de téléphones portables. Il va se passer quelque chose.
    Il y a de plus en plus de chaînes de télévision, on peut donc passer sa vie à la maison et l'on a toute l'information.
    Serons nous alors un jour tous journalistes ? Peut-être bien.
    Les valeurs du " Bien-Public " sont :
  • Servir l'intérêt public
  • L'exactitude des faits
  • Être équitable
  • L'impartialité
  • L'intégrité
    À l'époque du groupe Hersant, il y avait beaucoup de parlementaires au journal. Je suis rédacteur en chef depuis 1999 et j'ai souhaité un journal ouvert. Le journal ne défend plus qu'une seule couleur, mais toutes les couleurs de la vie.
    Exemples :
    Fallait-il demander la démission de Jean-Pierre Soisson lorsqu'il s'est fait élire à la Région avec les voix du Front National ? Non.
    Fallait-il ouvrir un débat sur l'euthanasie ? Oui.
    Montrer la photographie de Chantal Sébire comme certains journaux ? Non.
    Fallait-il parler de la démission du maire d'Arc-sur-Tille ? Oui.
    La déontologie est avant tout un mythe. Les contraintes empêchent que ce mythe devienne réalité.
    Lors d'un récent congrès de journalistes pour gagner des lecteurs, j'ai entendu qu'il fallait :
  • Offenser
  • Choquer
  • Déranger
    Chacun a sa façon.

    Questions et réactions salle

    Un professeur de philosophie qui intervient à l'Université pour tous à Dijon sur le sujet des médias, fait quelques remarques.
    " Loin de moi de penser qu'il n'y a pas de règles déontologiques.
    Le problème de la déontologie, c'est un problème par rapport aux outils. Un certain nombre de médias s'arrogent le droit de penser, de dire ce qui est bien de penser. Certains médias, TV et radios et même le " Bien-Public " ne servent pas le pluralisme mais imposent un point de vue dominant. "
    " Clearstream a été dénoncé pour la première fois par un journaliste de France Inter. Par rapport à la déontologie, comment sont soudés les journalistes ? "
    " La déontologie = iconoclaste. En France, il n'y a pas de Watergate. La politique Américaine même avec ses excès a produit le Watergate. En France, on a eu Mazarine ! C'est-à-dire une connivence entre les médias et la politique. Le Président de la République vient de confier au premier adjoint à la mairie de Paris un rapport sur la presse et l'avenir ! La presse traditionnelle a sous-estimé le " Tsunami " médiatique. Il faut rendre plus souples les règles. "

    Réponse de Jean-Louis Pierre
    " Les choix ne sont plus les mêmes. Le monopole qui est le nôtre, on en souffre. Vous n'allez pas me croire mais je préférais quand il y avait encore le journal " Les Dépêches " avant 1991, aller l'acheter le matin et voir ce qu'il y avait dedans.
    En 2001, la droite nous a fait le reproche d'avoir fait gagner à Dijon François Rebsamen.
    En 2002, c'est Bernard Depierre qui gagne. On porte une culture, on essaie de faire un travail avec humilité et abnégation. "

    Question et réaction salle
    " Le " Bien-Public " peut-il durer économiquement quand il fait du faits divers ? Y a-t-il de la place pour deux journaux qui font du faits divers ? Peut-on parler d'indépendance alors que le journal n'est plus une presse d'opinion ? La déontologie du journaliste ? Il n'y a donc pas de corporation ? Donc, il y a une presse dont la ligne éditoriale est secondaire ? "

    Réponse de Jean-Louis Pierre
    " On se dirigerait vers une charte de déontologie. Dans nos journaux, il y a de subtils dosages sur nos 40 pages pour satisfaire un panel large. On a des lecteurs qui vont de " BAC moins 4 à BAC + 12 ". Un quotidien régional, c'est un supermarché, on l'achète ou pas. On peut le lire (à 80 % aujourd'hui) sur Internet. On se doit de fabriquer un produit. Oui, il y a des clients qui achètent. "

    Question
    " Quelle perspective du papier par rapport au téléphone portable ? Quel avenir ? "

    Réponse de Jean-Louis Pierre
    " L'économie du papier va croiser celle d'Internet. Nous avons 40.000 connexions Internet par jour, soit environ 1 million 200.000 pages vues depuis 1997. Nous avons été les premiers avec
    " Libération " à être sur Internet. "

    Réaction salle
    " Moi, je suis contente du " Bien-Public ". Je suis la maman des danseurs de Figure2style et on parle de mes enfants, même si nous sommes dans un quartier " chaud ".

    Réponse de Jean-Louis Pierre
    " C'est grâce à la M.J.C que l'on a pu donner un coup de projecteur. "

    Questions
    " Pourquoi la France est-elle le seul pays réticent à un conseil d'éthique ? "
    " Quand j'ouvre le " Bien-Public ", je cherche Chenôve et je dois aller jusqu'à la 8 ème page. Je suis déçue. Quand il y a des voitures incendiées, c'est en première page. "
    " Quelles sont les attentes des lecteurs ? Un peu d'éducation, tout de même, non ? "
    Des associations estiment ne pouvoir s'exprimer dans le quotidien et ce depuis 13 ans. "

    Réponse de Jean-Louis Pierre
    " Les journaux et la cote de popularité des hommes politiques. Ce sera un prochain débat dans nos colonnes avec des lecteurs.
    On ne parle pas que de voitures qui brûlent, on parle beaucoup de rénovation locale à Chenôve en ce moment. Oui, Chenôve est la 3 ème ville du département et nous allons revoir tout cela dans nos colonnes. C'est à l'étude. Faire de l'éducatif ? On l'est. Nous accueillons plus de 200 gamins par an en stage, la semaine de la presse à l'école, chez nous c'est toute l'année sans oublier les stagiaires de l'Université. "


    Intervention de Jérôme Bouvier, ancien rédacteur en chef de R.F.I. et de France Culture.
    Question
    "Pourquoi avez-vous quitté vos fonctions ?"

    Réponse
    " J'ai d'abord crée " L'Union de Reims " puis je suis entré en 1982 à Radio-France, comme directeur de France Culture et rédacteur en chef de R.F.I. Je suis parti lors d'une crise à R.F.I. Pourtant, on pourrait penser que l'audiovisuel public est un havre de liberté. Pas toujours.
    J'avais un peu de temps pour me consacrer à d'autres choses et j'ai alors crée l'association
    " Journalisme et citoyenneté ".
    Sommes-nous dans une crise de confiance ? Oui, mais il faut un renouveau, je crois qu'on est au bout d'un cycle, c'est une demi-confiance.
    Les journalistes (37.000 ont une carte de presse, plus de 50.000 écrivent) doivent se poser des questions entre eux.
    Aux secondes assises internationales de Lille récemment, on a pu constater que chacun reste dans " sa tribu ", qu'il n'y a pas de lieu commun. Où chercher l'information ? Le thème de cette année était volontairement provocateur :
    " À quoi sert un journaliste à l'heure de l'e-média ? "
    Il y a donc un rapport à l'immédiateté. Qui produit l'information ? Il y a des milliards d'informations sur Internet et à la minute ?
    Oui cela sert encore un journaliste. Un journaliste fait le tri. Mais avec la révolution numérique, les remparts technologiques sont tombés.
    Être journaliste pourquoi ? La réponse est souvent pour être à la télévision, à la radio, dans la presse écrite. La réponse est l'objet.
    La crise de confiance se pose dans les quartiers. À Clichy-sous-Bois, il y avait " l'état d'urgence " il y a trois ans avec plus de 80 télévisions sur place. Aujourd'hui, il y a un journaliste à disposition de ce quartier où un travail se fait en tandem avec les habitants. C'est une des solutions pour les rapports journaliste/habitant d'un quartier. Qu'est-ce qui peut permettre de redonner la confiance ?
    Il faut tuer le mot média. Tout le monde l'utilise ce mot unique et cela bloque la réflexion. Car pour faire circuler l'information il faut : un émetteur et un récepteur. Pour un journal : un éditeur, des journalistes et un public pour lire le produit.
    C'est qui les médias ? Il faut faire une distinction. Les journalistes doivent remettre en avant ce mot, cette valise-écran, obstacle à la réflexion.
    La charte des journalistes de 1918 et révisée en 1971 n'a jamais été appliquée dans la convention collective des journalistes.
    Pour faire avancer une charte, le public est le seul moyen. Il doit y être associé. C'est le seul moyen d'avoir une information de qualité. Un citoyen peut exiger une information de qualité comme une eau de qualité.
    Alors quels outils pour avancer sur la question ? Un conseil de presse avec un tiers d'éditeurs, un tiers de journalistes, un tiers de personnes de la société civile ? "

    Question salle
    " Y-a-t-il eu prise de conscience avec les problèmes de banlieues ? "

    Réponse de Jérôme Bouvier
    " Oui celle d'une France de centre ville et de journalistes de centre ville. Il y a donc un problème de représentations de la diversité des journalistes. Nous sommes dans une société qui ne connaît pas sa banlieue. "

    Question salle
    " Média et quartier sont deux mots passe-partout et je rajouterai : la gauche. On ne se pose pas des questions mais des titres, des termes et l'éducateur dans tout cela ? Vous pouvez émettre ce que vous voulez mais s'il n'y a pas d'éducation, il n'y a que des consommateurs avec Internet. "

    Réponse Jérôme Bouvier
    " Un fait divers est un fait de société. On marche tous à cela. "

    Questions et réactions salle
    " Comment analyser l'information ? J'ai du mal à entendre une vraie analyse. "
    " La presse est frileuse, son rôle est de poser les bonnes questions, non ? "
    " La presse n'a-t-elle pas d'abord un rôle éducatif ? "
    " Il faut poser les questions de formatage de l'information. "

    Réponses de Jérôme Bouvier
    " Oui l'emballement médiatique est une bulle bizarre. Le journaliste a besoin de temps et tout le système est fait pour qu'il n'y ait plus de temps. L'immédiateté n'est plus la règle. Est-on capable de dire cela aujourd'hui ? Tous les ans, éditeurs et journalistes se réunissent pour un projet éditorial, il faudrait une charte à signer car une entreprise de presse reste une entreprise. "

    Rendez-vous à l'automne pour un prochain débat sur la santé dans l'assiette.

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